La boutique du coin de la rue

Nicolas | 10 mars 2010

Ayant passé une heure à écrire une histoire en anglais pour une amie qui n’écrit pas en français (pas qu’elle peut pas mais qu’elle ne veut pas), je me suis dit que tant qu’à faire, autant la recycler. C’est là que me rends compte qu’en français ou en anglais, mes histoires courtes ont toutes inconsciemment la même structure. Il va falloir que je travaille mon style.

- Sorry Madam, the shop is closed, please come back tomorrow !
- Excuse me sir but I really need one of your products, I have finished all at home and I cannot sleep without a least having a small one.
- You know, this is the end of the day, the stock is almost empty… I will see what I can do. Please wait a moment.

I turned back the “closed” panel to be sure she would be the last client, and then I ran through the backdoor to check what was left. “Flight on a dragoon’s back”, “First time with the postman”, “At the office without pants”… I was not sure she would like those ones. Ah ! Got it : “Lunch on the grass with the whole family”, perfect for a wednesday night, she will feel better tomorrow after that. It’s a second hand one, but anyway, still enough fresh and I tried my best.

- Oh, this is perfect !, she said after I showed her the product. Thank you so much, I knew I could count on you. You have made my day.
- Don’t be so polite with me. Your happiness is my happiness.
- I insist. Please don’t refuse this envelop. I will come back soon.
- Thank you madam. Always a pleasure to see you. Have a good night.

She then disappeared into the night. It was also time for me to go home. Tomorrow will be another busy day, so many people want to buy dreams on the black market since the government blocked them from the super network. After all, I am officially only the owner of a small movie shop. I took “Flight on a dragoon’s back” with me, and I closed the door behind me.

Comment réussir un oeuf sur le plat

Nicolas | 7 février 2010

Hier soir, dans le bus pour rentrer chez moi, histoire de passer le temps, j’ai regardé une émission de cuisine à la télé (oui, il y a des écrans plats dans la plupart des bus shanghaiens, comme dans le métro). J’ai donc décidé de vous retranscrire la recette de l’œuf sur le plat.

D’abord, prenez une poêle (pas un wok, sinon ça marche pas). Une fois que vous en avez trouvé une qui vous plait, mettez-y un peu d’huile que vous badigeonnez sur toute la surface à l’aide d’un sopalin, comme quand vous voulez faire des crêpes. Ensuite, allumez le gaz à feu doux (xiao huo = petit feu) afin d’y mettre la poêle huilée.

Voilà pour l’échauffement. Commençons les choses sérieuses. Prenez un oeuf (djidan = oeuf de poule, à ne pas confondre avec Djidane, le héros de Final Fantasy 9) et ouvrez-le au dessus de la poêle en faisant attention que le jaune ne se casse pas, et que le blanc ne s’étale pas partout (vous pouvez utiliser une spatule en bois pour vous aider).

Naïf comme je suis, et surtout mauvaise langue, j’ai cru que la recette allait s’arrêter là. Au contraire ! C’est le moment que l’animatrice (la cuisinière ?) choisit pour nous révéler son secret : prenez un peu d’eau au robinet et aspergez-en dans la poêle brulante autour de l’œuf pour qu’elle se transforme en vapeur. Résultat garanti : l’animatrice pose l’œuf sur une assiette et le coupe en deux avec sa spatule pour montrer que même l’intérieur du jaune d’œuf est cuit. Mission accomplie.

Cette astuce marche également avec les raviolis (jiaozi) frits, et même les petits pains (baozi).

Lecture du soir

Nicolas | 25 janvier 2010

- Mais vous êtes quelqu’un de franc, n’est-ce pas ? Je m’en suis tout de suite aperçue. Cela fait sept ans que je vois passer toutes sortes de gens, alors vous savez… Il y en a qui s’ouvrent facilement, d’autres pas. Vous, vous êtes ouvert. Ou plus exactement, vous pouvez vous ouvrir quand vous le voulez, n’est-ce pas ?
- Et que se passe-t-il quand on s’ouvre ?

La cigarette aux lèvres, Reiko posa les deux mains sur la table d’un air joyeux :
- On guérit !

La cendre de sa cigarette tomba sur la table, mais elle ne s’en aperçut pas.

Haruki Murakami, La ballade de l’impossible

Premier billet de l’année 2010

Nicolas | 2 janvier 2010

xin nian kuai le ! 新年快!

Bonne année à tous et surtout bonne santé ! :)

Si j’avais su…

Nicolas | 31 décembre 2009

Aujourd’hui, quelque part au bord de la rivière Suzhou, dans un loft-bureau à deux étages super bien décoré avec terrasse au soleil, salle de lecture, salle à manger et billard.

A peine arrivé, on m’emmène dans la salle de lecture ou il y a une petite table. On m’apporte un formulaire à remplir en une heure, je ne m’y attendais pas. “On te rappellera d’ici quelques jours, suivant le résultat,” me dit la fille.

15 pages, ouch. Je commence. “Quelle est la différence entre == et === ?”. Tout de suite, ça te met dans le bain. Je réponds à quelques questions, et le niveau ne faiblit pas. “Qu’est-ce qu’un singleton pattern ? Faites un schéma UML du MVC pattern.” Autant vous dire que je commençais à déprimer, ce genre de trucs ça remonte au BTS, et déjà à l’époque ce n’était pas mon point fort. “Quelle est la différence entre une interface et une classe abstraite ?” Je passe.

Le meilleur, c’est quand j’arrive à la partie sur Linux. “Comment détecter ce qui ne va pas sur le serveur quand une application ralentit ? Citez les commandes Linux à utiliser pour cela.” Sans oublier : “On a 5 serveurs web et une application à faire tourner, dessiner le schéma de l’architecture.” Là, j’étais complètement blasé.

Et puis pendant le mini-entretien préliminaire, j’ai dit que je voulais changer d’entreprise notamment à cause de mon chef, alors que je prévoyais de dire que c’était pour avoir un challenge plus intéressant. Comme ça c’est bon, ils n’auront pas de regrets.

VDM (je l’ai bien mérité)

Bienvenue au club

Nicolas | 27 décembre 2009

Depuis mon arrivée en Chine, j’avais arrêté d’écrire des nouvelles. Pas vraiment un choix, ça s’est fait comme ça. Pour compenser, j’avais repris la lecture. Mais la plume me titillait quand même assez régulièrement. Alors cette fois j’ai sauté le pas : j’ai participé au concours de nouvelles de HFR.

Rappel des règles :

Attention ! votre histoire (nouvelle, pièce en quatre actes, sonnet, pamphlet…) devra donc obligatoirement commencer par la phrase suivante :

>>> « Bienvenue au club ».

Vous prendrez grand soin de caser de façon plus ou moins outrecuidante TOUS les mots suivants, dans l’ordre qui vous chantera :

* Bouder
* Calot
* Cylindre
* Cyrillique
* Echappement
* Ensablé
* Glacière
* Muséum
* Pneumatique
* Reprise
* Valériane

Et puis, tant que nous y sommes, les expressions suivantes :

* « Devoir une fière chandelle »
* « Faire d’une pierre deux coups »
* « Ça passe! »
* « Connaître la musique »
* « Cousu de fil blanc »

On peut conjuguer les verbes, mettre les noms et adjectifs au pluriel, bien entendu.

*** /!\ ATTENTION /!\ ***

Vous veillerez à inclure dans votre texte les situations indiquées ci-dessous. Vous pouvez les mentionner brièvement ou vous y attarder. Hopla.

Les situations

>> Faire intervenir Jeanne Moreau.
>> Insérer une recette de cuisine.

Je ne suis pas particulièrement fier de ce que j’ai écrit, mais je suis satisfait de n’être pas resté muet devant ma page blanche, comme cela s’est passé les fois d’avant. A vous de juger. Texte écrit en écoutant le dernier album de Nolwenn Leroy que je vous recommande chaudement (je déconne pas).

- Bienvenue au club d’échecs, mademoiselle !
- Ah, pardon, ce n’est pas ici le club du 3ème âge ? Je viens voir ma grand-mère !
- Non, j’en suis sincèrement désolé, c’est au bout du couloir. Mais puisque vous êtes là, n’hésitez pas, venez vous asseoir et jouer avec nous, votre grand-mère comprendra ! Compte tenu du prix actuel du pneumatique et de ce que rejette le pot d’échappement de votre voiture, cela fera d’une pierre deux coups. Je dois également ajouter que nous n’avons pas l’habitude d’accueillir une jolie demoiselle comme vous…
- Vous savez, je suis venue à pied mais d’accord, ce serait malhonnête de refuser ; juste une petite partie, après j’y vais.

Elle s’assoit à ma table et je lui donne les règles du jeu à lire. Ce n’est pas dans mes habitudes de jouer avec des débutants mais une occasion comme celle là ne se représente pas deux fois, et tant pis si les autres membres du club boudent comme des glacières. Elle a l’air de froncer les yeux en lisant, comme si je lui avais présenté un document écrit en alphabet cyrillique.

- Alors, comment se passe la lecture ?
- Plutôt mal. Quand j’étais à l’école primaire, j’étais une championne aux billes, je collectionnais les calots, mais j’avoue que depuis je n’ai plus joué à un seul jeu. Et à notre époque, je croyais qu’on n’en trouvait désormais que dans les muséums. Je dois avoir le cerveau ensablé, ça ne passe pas.
- Mais si, ça passe ! Regarde, je t’explique. Tu vois les petits cylindres, aux quatre coins du jeu ? Ce sont les tours. Tu peux les déplacer verticalement ou horizontalement, comme les vêtements dans ta garde-robe.
- Ah, le sarcasme, merci bien… On ne se connait même pas. Si c’est comme ça que vous accueillez toutes les filles qui passent vous voir, je comprends mieux qu’elles ne reviennent pas. De toute façon, c’était cousu de fil blanc, à peine j’avais mis un pied dans la maison que vous commenciez déjà à me harceler !
- Mais je…

C’est à ce moment précis où j’étais en mauvaise posture qu’une vieille dame rentre dans le local du club. A peine ai-je le temps de me retourner que mon adversaire du jour s’est déjà levée de sa chaise.

- Mamie Jeanne !, s’exclama la jeune fille.
- Pardonnez-moi mon intrusion ici, nous adressa la vieille dame. Je suis Jeanne Moreau, et cette demoiselle agressive est ma petite fille. Je l’ai entendue de l’autre bout du couloir, j’ai tout de suite compris ce qu’il se passait, je connais la musique !, s’exclama la vieille dame.
- Madame Moreau, quelle surprise de vous rencontrer, soyez la bienvenue dans notre modeste club d’échecs. Merci d’être intervenue pour me sauver, je vous dois une fière chandelle.
- Mon petit, pas de chichis avec moi, appelle moi Jeanne. Si jamais tu souhaites me rendre service en retour, je veux bien que tu m’aides, pour le club du 3ème âge. Cela va être la reprise du concours de cuisine et je n’ai encore rien commencé, tu ne connaitrais pas une bonne recette ? Le gagnant aura droit à une tasse de valériane.
- J’ai oublié mon livre de recettes dans mon autre pantalon. Mais notez donc ceci : Faites bouillir ensemble de la confiture, du poivre, du sel, des rognons, des figues, du savon de Marseille, une poule, du miel, du piment, du boudin, des œufs, et des pépins de grenade. Vous m’en direz des nouvelles.
- Merci bien, c’est toi qui me sauve. Je dois y aller maintenant. Tu viens avec moi, ma petite ?
- Non mamie, tu me raconteras, passe me chercher après. J’ai une partie à finir.

Instant philosophique

Nicolas | 19 décembre 2009

Hier soir, j’ai été me faire couper les cheveux pour 2 euros, incluant le massage du crâne, des épaules et des bras, et un curage des oreilles. Cela suffit déjà à mon bonheur. Mais j’ai également eu la chance de croiser un assistant-coiffeur chinois avec un tee-shirt à texte où était écrit ceci, en français :

“Si tu pisses partout,
T’es pas Chanel du tout.”

J’en suis pas encore remis.

Om Mani Padme Hum

Nicolas | 16 décembre 2009

Hier après-midi, 16h, quelques étages au dessus du “fake market”. Rendez-vous avec le chef dans la salle de réunion pour le bilan de fin d’année.

- Nicolas, nous sommes satisfaits de ton travail, très satisfait, même. Mais tu sais qu’on est une start-up, on ne fait pas encore de bénéfices, et les actionnaires nous ont demandé de geler les salaires à partir de maintenant. Comme tu es un bon élément, j’ai fait mon maximum pour t’obtenir 100 euros brut de plus par mois à partir du 1er janvier !
- Ah… Moi, ce que je veux, c’est avoir le même salaire que mon collègue qui a le même poste que moi, ni plus ni moins. Il gagne beaucoup plus, je n’ai rien contre, je veux juste avoir la même chose.
- C’est pas possible. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Tu signes ?

J’ai signé. Pas le choix.

On Mani Padme Hum…

J’veux de la musique tout l’temps…

Nicolas | 16 novembre 2009

Parce qu’un hiver terne et pluvieux, c’est douloureux.

J’en connais un qui doit d’ailleurs regretter son voyage.

Obama à Shanghai sous la pluie

Un véritable habitant de Taikang Lu

Nicolas | 21 octobre 2009

Samedi après-midi, j’avais rendez-vous avec Morhange.

Morhange, c’est un ancien camarade de classe de français de ma douce et tendre. Son prénom français, il l’a choisi en référence à un des héros du film “Les Choristes” qu’il a vu. Il aime également la comédie musicale “Notre Dame de Paris”, il a même essayé d’apprendre “Belle” par coeur.

On a été à la semaine française. J’y avais déjà été l’an dernier, ça cassait pas des briques. Ben ça n’a guère changé : quelques stands, principalement des choses à vendre à un prix bien trop cher. Du coup il m’a invité après à venir voir l’appartement de ses parents, nouvellement refait.

Une cuisine – salle de bains (deux en un) et une chambre, c’est tout ce que possède sa famille dans la célèbre Taikang Lu, une rue à la mode où on trouve de nombreux cafés et restaurants branchés, ainsi que des galeries d’art. Leur appartement est dans la famille depuis son arrière grand-père. Avant, ses grand-parents vivaient également avec eux mais ils ont déménagé il y a une dizaine d’années. Son père est chauffeur de bus, sa mère vend des tickets dans le parc Fuxing. Il me fait la confidence que contrairement à la majorité des familles shanghaiennes, ses parents ne lui achèteront pas d’appartement quand il aura trouvé la fille avec laquelle se marier (pas d’appartement, pas de mariage, ici). A force de voir des BMW et autres voitures de sport conduites par de jeunes chinois, on a tendance à oublier que tous les shanghaiens ne sont pas riches.

Après avoir pas mal bavardé, il m’emmène voir une de ses amies, la gérante d’un magasin de thé. Elle me fait goûter du thé Guanyin, du nom du bodhisattva dont j’ai entendu parler récemment dans un livre. Elle me dit de sentir avant de boire, ce que je fais. Le doux parfum m’emporte au printemps, dans un champs de fleur. Je demande ce que c’est comme thé, elle me répond que c’est un mélange de thé vert et de thé noir, je suis assez étonné. Comme je veux en acheter, je demande le prix. 80 yuans (8 euros) pour une petite boite. Je demande le prix d’amis : 60 yuans. Je la prends finalement pour 50. Je demande aussi si elle n’a pas de thé vert Long Jin (thé du puit du dragon), dont est amateur l’inspecteur Chen Cao, mais elle me dit qu’elle n’en a pas, que c’est un thé qui se boit au printemps.

Je remercie chaleureusement la gentille gérante, qui me dit que maintenant on est amis et que je peux revenir quand je veux, puis je dis au revoir à mon ami, qui avouera plus tard à ma douce et tendre qu’il a eu bien du mal à communiquer en français avec moi.